CHRONISTOVISION MONDIAL

Les fondements de l'anarchisme

Ni dieu ni maitre ! Tels sont les anarchistes.

Les mouvements anarchistes nés du capitalisme durant la révolution industrielle se développent à mesure de l’exploitation souvent inhumaine des ouvriers jusqu’à devenir une force, un contrepouvoir faisant trembler les démocraties occidentales du 19ème siècle à la première moitié du 20ème siècle.

 

L'anarchisme s'oppose radicalement à toute forme d'autorité ou de hiérarchie dans l'ensemble des organisations sociales. Les anarchistes préconisent une société sans État, basée sur l'association libre des individus et leur coopération volontaire grâce à l'autogestion fédérative.

L'anarchisme est issu de la pensée laïque ou religieuse des Lumières. C'est une philosophie de vie reposant sur quatre grands principes :

  • l'individualisme libertaire qui insiste sur l'autonomie individuelle contre toute autorité ;
  • le socialisme libertaire qui propose une gestion collective égalitariste de la société ;
  • le communisme libertaire, qui veut économiquement partir du besoin des individus, pour ensuite produire le nécessaire pour y répondre ;
  • l'anarcho-syndicalisme, qui propose une méthode, le syndicalisme, comme moyen de lutte et d'organisation de la société5.
  • l'écologie sociale concentrant les échanges humains et économiques dans le respect absolu des équilibres naturels, végétal et animal et  dans un objectif de développement durable et d’apaisement social.

 

L’anarchisme né dans une société capitaliste du 19ème siècle durement  inégalitaire. Avec le développement du chemin de fer des machines à vapeur et l’exploitation du charbon,  apparait une  nouvelle classe ouvrière toujours plus importante pour travailler à la satisfaction d’un capitalisme  triomphant.  Durant cette seconde moitié du 19ème siècle, des avancées médicales et d’hygiène  vont favoriser la croissance de la population  européenne. Pourtant ces travailleurs dans les usines, hommes, femmes et enfants  n’en profitent guère.

Ils travaillent dans les manufactures, dans les mines, 12 heures par jour sept jours sur sept. Les enfants sont aussi exploités dans des travaux pénibles dès l’âge de 6 ans. 

Ni jours de repos, ni assurance chômage, ni retraite, le monde ouvrier survit dans la misère sans accès aux nouveaux soins médicaux bien trop chers. L’analphabétisme est la norme et les accidents de travail sont courants. En 1840, la moyenne d’âge d’un ouvrier ne dépasse pas 30 ans et un enfant sur deux meurt avant l’âge de 6 ans.

De l’autre côté, la bourgeoisie bénéficie des bienfaits du libéralisme et vit souvent dans une certaine opulence bien éloignée du monde des travailleurs.

Ces derniers vont trouver dans les mouvements socialistes une espérance dont l’une de ses branches est l’anarchisme. Alors que le communisme théorisé par Karl Marx  et Friedrich Engel  repose sur la dictature du prolétariat avant l’avènement d’un monde meilleur libéré de toute contrainte, l’anarchisme tente de concilier liberté et égalité. La liberté sans l’égalité, c’est la jungle, l’égalité sans la liberté, c’est la prison.

 

Proudhon le théoricien de l’anarchisme

Pierre Joseph Proudhon né en 1809 à Besançon et mort à Paris en 1865, issu du monde ouvrier mais sachant lire et écrire, rédige en 1840 un ouvrage célèbre «  qu’est ce que la propriété ? ». Pour lui, la propriété, c’est le vol.  En ces mots, il met en exergue 3 formes de domination, l’Etat par la force publique, le capitalisme par sa violence sociale et le clergé par ses règles sociétales. Proudhon stipule qu’il faut détruire ses trois pouvoirs en même temps sans pour autant recourir à la violence. Il préconise de nouvelles organisations gérées directement par le peuple sous une forme mutualiste en commençant par les banques.

Proudhon est à cette époque rejeté, caricaturé, moqué  ou même interdit par une société capitaliste installée dans ces certitudes. Pourtant, très rapidement, ces idées sont reprises et véhiculées par de grands penseurs comme Karl Marx, Tolstoï mais aussi un certain philosophe russe, Mikhaïl Bakounine.

 

 

Bakounine et l’internationalisation de l’anarchisme

Contrairement à Proudhon, Bakounine prône une révolution armée pour renverser les pouvoirs établis. Il devient celui qui installe l’anarchisme comme véritable parti au sein de la 1ère internationale en 1864. Cette confédération  rassemble tous les courants de pensée socialistes unifiés issus de tous les continents.

Les congrès de l’internationale socialiste consacrent des débats sans fin sur les moyens à entreprendre pour renverser l’ordre établi du capitalisme. Très rapidement, Bakounine entre en conflit avec Karl Marx. Leur rivalité personnelle n’arrange rien.

Trois courants du socialisme émergent : le Réformisme qui ne croit pas au reversement du pouvoir par le peuple et qui prône davantage la prise du pouvoir par les élections et l’installation de réforme par la loi dans l’apaisement, c’est la démocratie sociale ou le socialisme. Le Marxisme dont le fondement repose sur une insurrection prolétarienne et sur l’installation d’un Etat socialiste dirigé par la dictature du prolétariat, c’est le communisme. L’anarchisme prône l’insurrection armée pour reverser les 3 pouvoirs et installer un communisme libertaire sans Etat.

Contrairement à Marx, Bakounine est persuadé que tout homme arrivant au pouvoir à la tète d’une dictature prolétarienne deviendra un tyran. L’histoire lui a donné raison. Néanmoins, l’anarchisme doit aussi passer par une période de violence inévitable  mais surtout pas sanguinaire vis-à-vis des institutions qu’il convient de renverser et sur  la propriété qu’il convient de confisquer au profit d’une mutualisation populaire.

Installé  en Suisse, Bakounine attire de nombreux partisans écoutant avec passion ses discours. Bakounine parvient à tisser des réseaux avec de nombreux penseurs issus des quatre coins du monde comme notamment l’italien Malatesta et le prince russe Kropotkine. L’anarchisme s’internationalise et devient l’un des principaux courants politique à la fin du 19ème siècle bien plus puissant que le communisme.

 

L’anarchisme en application avec la commune de Paris

En 1871, l’insurrection du peuple de Paris ou la Commune de Paris contre un pouvoir militaire et politique défait par les prussiens comprend de nombreux anarchistes. Du 18 mars au 28 mai 1871, les querelles socialistes sont écartées, l’insurrection  armée rend le pouvoir au peuple : on partage les biens en fonction des besoins, on instruit les illettrés et on soigne les malades, on retire les idoles religieuses ou étatiques, on sépare l’Eglise de l’Etat, le budget des cultes est supprimé, la culture  est accessible à tous, les femmes votent et sont libres de leurs corps. Tout fonctionne sans gouvernement. De grandes figures de la Commune comme Louise Michel deviennent à ce moment là, anarchiste.

A Lyon, Bakounine pense que le grand soir est arrivé, avec quelques partisans, il engage une insurrection populaire qui durera quelques jours.

A partir du 21 mai à Paris, c’est la semaine sanglante. Le gouvernement français installée à Versailles dirigé par Adolphe Thiers, négocie la paix Bismarck L’armée rescapée de la guerre contre les prussiens engage alors une offensive militaire contre les communards. Bismarck ne veut pas de cette « gangrène » anarchiste et communiste, il libère 60 000 soldats français prisonniers et favorise l’offensive des Versaillais.

L’armée versaillaise commandée le général Mac-Mahon combat avec férocité les communards qui résistent vaillamment.  Des otages des communards sont exécutés comme l’archevêque de Paris. Le 28 mai, l’insurrection populaire de Paris est anéantie. Les arrestations sont massives et on fusille à tout va. Cette répression sanglante fera entre 10 000 et 20 000 morts. Les tribunaux prononceront 10 000 condamnations dont la moitié concernera des déportations en Nouvelle Calédonie comme pour Louise Michel.

Cette répression choque le monde entier et inscrit dès lors certains mouvements anarchistes dans un cadre violent contre la bourgeoisie accusée du massacre des communards.

Affaibli, l’anarchisme est exclu de l’Internationale par les Marxistes. Bakounine parvient à fuir en Suisse et rassemble ses derniers partisans pour fonder officiellement une nouvelle organisation, l’internationale anarchiste dotée d’une charte et d’un programme en prônant principalement la prise du pouvoir par la grève générale.

 

Le 1er mai, journée des travailleurs.

C’est aux Etats-Unis que la grève générale va s’appliquer. Des bataillons d’immigrés pauvres sont embauchés dans les manufactures industrielles. Ils ont souvent fui une misère sociale répandue en Europe pour un nouveau monde meilleur. Leur déception est immense. Ils travaillent dans des conditions souvent déplorables. Il n’existe aucune règle, aucun droit et c’est souvent la mafia en connivence avec le patronat qui fait régner l’ordre. La corruption est très répandue. N’ayant plus rien à perdre, de nombreux ouvriers se radicalisent.

Dans le début des années 1880, des luttes sociales sont sévèrement réprimées. On n’hésite pas à tirer à l’arme lourde sur des manifestants comme en Pennsylvanie sur des cheminots. Les charges à la baïonnette font des dizaines de morts.

A la fin du 19ème siècle, à Chicago, s’opposent des ouvriers travaillant dans des conditions effroyables et un patronat refusant toute concession sociale. Le courant anarchiste s’étend et en 1886, un 1er mai, 340 000 travailleurs se rassemblent et réclament la journée de travail de 8 heures. Les forces de l’ordre répriment violemment les manifestants. Un d’entre eux est tué et une dizaine d’autres est gravement blessée. Des appels à la vengeance sont lancés.

Le surlendemain, les leaders anarchistes appellent de nouveau à manifester.  A la fin de la manifestation, un inconnu jette une bombe sur les policiers qui commençaient à disperser les derniers manifestants. Plusieurs policiers sont tués. Les autres policiers tirent dans la foule, les manifestants armés eux aussi répliquent.  C’est le massacre de Haymarket Square.

De nombreuses arrestations ont lieu les jours suivants et le 19 août après un procès bâclé, huit hommes sont condamnés dont cinq à la pendaison sans véritable preuve de leur culpabilité. L’un d’entre eux se suicide en prison. Les chefs d’industrie de la ville assisteront à l’exécution sur invitation le 11 novembre 1887,

Une dizaine d’années plus tard, on soupçonnera le chef de la police  avec l’aide détectives  privés d’avoir fomenté cet attentat pour discréditer ces mouvements anarchistes et justifier la répression.

Ces condamnés à mort seront considérés comme des martyrs dans le monde entier. Le 1er mai sera dès lors choisi comme journée des travailleurs. Les années suivantes, des manifestations lieu partout  dans le monde.

Face à une répression impitoyable,  les anarchistes vont alors choisir la voie de la violence dont l’épicentre va émerger  au cœur de la ville  de Paris.